Depuis plus de dix ans, nos organisations syndicales n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme sur les enjeux de sécurité et de contrôle des trafics en Guadeloupe. UNSA Police et UNSA Douanes Guadeloupe alertent, dénoncent, documentent. Mais face à nos constats, le silence et l’inaction persistent.
En 2011, un congrès des élus s’est tenu à Basse-Terre sur la montée des violences en Guadeloupe. En 2016, la mort tragique d’un lycéen devant le LGT de Baimbridge avait provoqué un sursaut politique. Des engagements fermes avaient été pris. En 2025, ils n’ont connu aucune application. La situation sécuritaire de la Guadeloupe s’est plus qu’aggraver avec des affrontements armés opposant des bandes ou des gangs à la Police Nationale.
Un territoire à la dérive, faute de volonté politique
Malgré les discours, aucune brigade nautique n’a été mise en place pour surveiller nos côtes, pourtant véritables portes d’entrée des trafics de stupéfiants et d’armes.
L’État sait, mais ne fait rien. Pendant ce temps, les armes circulent en toute banalité, comme des téléphones portables, et leur usage s’intensifie.
Combien de morts, de drames, de familles brisées faudra-t-il encore ?
La Guadeloupe est aujourd’hui le 2e département le plus criminogène de France, mais aucune visite ministérielle, aucun plan d’action global, aucun renfort structuré et durable n’est déployé.
UNSA DOUANES GUADELOUPE : un démantèlement silencieux des moyens de contrôle
La situation des services douaniers est alarmante :
● Brigade de Surveillance Nautique de Pointe-à-Pitre : pilote du moyen nautique muté et non remplacé à ce jour
● Brigade de surveillance Nord-Grande-Terre : en sous-effectif chronique depuis plus de 2 ans
● Brigade de Marie-Galante : en proximité immédiate de la Dominique, zone de rebond avant livraison en Guadeloupe continentale pour les armes et la drogue. Seuls 3 agents sont en poste… pour un effectif prévu de 8.
● Brigade de l’aéroport Pôle Caraïbes – Maryse Condé : en sous-effectif chronique, alors même qu’un contrôle 100 % des vols à destination de l’Hexagone est désormais attendu.
● Brigade du port de Jarry : arrivée d’un scanner mobile inadapté pour le contrôle efficace du chargement d’un conteneur, et aucun agent supplémentaire, contrairement à Fort-de-France.
● Solde des mouvements de personnels : négatif pour la Guadeloupe, avec plus de 10 arrivées en Martinique pour aucune dans notre département.
L’UNSA Douanes Guadeloupe dénonce une politique de transferts d’effectifs qui affaiblit nos services. La stratégie actuelle vise à centraliser les moyens en Martinique, au détriment de la Guadeloupe, exposée et vulnérable.
« C’est la passion du métier qui maintient les services, mais les agents sont au bord de la rupture. »
– UNSA Douanes Guadeloupe
UNSA POLICE GUADELOUPE : 10 ans d’alerte ignorée, 10 ans de mépris d’État
Depuis plus d’une décennie, UNSA Police Guadeloupe n’a cessé de dénoncer l’absence de moyens, la criminalité galopante et la banalisation de la violence armée.
Nous avons interpellé la presse, saisi les autorités locales, rencontré les préfets successifs, alerté les élus, mais rien n’a été mis en œuvre durablement.
La brigade nautique, pourtant indispensable dans un territoire insulaire, n’a jamais vu le jour.
Les policiers sur le terrain doivent faire face à des individus armés, décomplexés, violents, sans renfort suffisant, sans couverture maritime, sans équipement adapté.
Aujourd’hui, porter une arme est aussi courant que d’avoir un smartphone. Son usage ? Tout aussi banal.
“Quand il y a le feu au château, on s’en fout des écuries. Mais ici, le feu part de chez nous pour se propager ailleurs. Que personne ne vienne dire qu’il ne savait pas.”
– UNSA Police Guadeloupe
L’UNSA Police refuse que la Guadeloupe soit la variable d’ajustement des arbitrages électoraux. La sécurité ne peut pas être un enjeu conjoncturel ou périphérique.
Elle est la condition première de la vie en société.
Un territoire vulnérable, un personnel éreinté
Les trafiquants l’ont bien compris : la Guadeloupe est un point de passage stratégique. Lorsqu’un territoire devient plus contrôlé (comme la Guyane avec ses contrôles renforcés à l’aéroport Félix Éboué), les réseaux se réorganisent, et les flux se redirigent vers les îles voisines – notamment vers la Guadeloupe.
Les douaniers, policiers, et autres forces de sécurité sont à bout. Leur engagement professionnel permet encore de tenir les lignes… mais jusqu’à quand ?
Nos revendications sont claires, nos attentes urgentes
L’UNSA Police et l’UNSA Douanes Guadeloupe exigent :
● La création immédiate d’une brigade nautique, dotée de vrais moyens.
● Le renforcement des effectifs douaniers, en particulier :
○ à l’aéroport Maryse Condé (bureau et brigade),
○ au port de Jarry (bureau et brigade),
○ dans les brigades insulaires (Marie-Galante, Saint-Martin…),
○ dans les brigades côtières (Port-Louis, Deshaies, Basse-Terre…).
● Des effectifs supplémentaires pour les forces de sécurité intérieure, afin d’enrayer la montée de la violence armée et des trafics.
● Une véritable politique RH territoriale équitable entre Martinique, Guyane et Guadeloupe.
● Des moyens matériels dimensionnés à l’ampleur des flux maritimes, portuaires et aériens.
● Des conditions de travail dignes et soutenues pour les agents qui œuvrent, chaque jour, à contenir ce que l’État refuse de regarder en face.
Trop loin pour être entendus ? Trop visibles pour être ignorés.
Les politiques de sécurité à deux vitesses, selon qu’on se trouve dans l’Hexagone ou dans l’Outre-mer, doivent cesser.
La Guadeloupe n’est pas une variable d’ajustement, ni une zone grise des politiques nationales. C’est un territoire français à part entière, exposé à des risques majeurs et livré à lui-même.
Nous refusons de rester spectateurs de l’inaction.
Nous refusons le mépris institutionnel qui sacrifie la sécurité de notre population.
Nous exigeons que l’État agisse. Ici. Maintenant.
UNSA POLICE GUADELOUPE – Olivier STEPHENSON, Secrétaire départemental adjoint 0690 32 42 58
UNSA DOUANES GUADELOUPE – Dauniphane CARAÏBE, Secrétaire régional 0690 31 30 18



