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Communiqué du Pr Laurent LARIFLA

COMMUNIQUE DE PRESSE du Pr Laurent LARIFLA à l’article à l’article du 31 octobre de la direction du CHUG intitulé « situation du service de cardiologie : précisions institutionnelles »

Le 31 octobre 2025, la gouvernance du CHU a publié un communiqué destiné à apporter des « précisions institutionnelles» concernant la situation du service de cardiologie. Ce texte conclut que les décisions prises relèvent d’une gestion normale, conforme à la réglementation, et qu’elles seraient pleinement justifiées. Pourtant, chacun peut constater que ces explications, limitées à trois lignes dans un document de quatre pages, ne répondent pas aux interrogations légitimes suscitées au sein du service, dans la communauté hospitalière, dans les médias et auprès de l’opinion publique.
Alors, pourquoi une telle mobilisation? Pourquoi une crise d’une telle ampleur?

  1. Une justification institutionnelle insuffisante et fluctuante
    Depuis le début du mouvement, les raisons avancées par la direction générale et la présidence de la CME ont varié à plusieurs reprises. Le communiqué daté du 30 octobre reste vague et sans fondement factuel, n’expliquant à aucun moment les motifs réels ayant conduit à des décisions aussi lourdes pour la gouvernance du service.
  2. À propos de la médiation: une instrumentalisation pour éviter le débat
    La direction a présenté une « médiation engagée » comme solution au conflit concernant le service de cardiologie. En réalité, la proposition de médiation excluait explicitement le traitement des décisions administratives en cause dans le conflit et les revendications du personnel, comme confirmé par le médiateur interrégional. Annoncée publiquement alors qu’aucune rencontre n’a été proposée depuis le début de la grève (29 septembre), la médiation a été instrumentalisée pour servir un discours institutionnel, sans réelle volonté d’aborder le fond du problème.
  3. Des décisions incohérentes et incompréhensibles
    On affirme qu’il ne s’agit ni d’une sanction, ni d’un événement exceptionnel, et« qu’il n’y a pas de chefferies de service à vie ». Pourtant :
    • Comment justifier un projet de service validé pour quatre ans, associé à une nomination limitée à un an, et ce uniquement pour la cardiologie?
    • Comment comprendre que le PCME se soit reconduit pour quatre ans à la tête d’un service (chirurgie vasculaire et thoracique) où il n’a pas de compétence médicale, après un intérim prolongé et un bilan qu’il reconnaît lui-même comme négatif: Echec de recrutement d’un chirurgien thoracique, service de chirurgie vasculaire virtuellement inexistant (réduit à 4 lits au sein du service d’urologie) et sans moyens à la hauteur des enjeux de santé publique du territoire.
    • Dans quel CHU a-t-on déjà vu un urologue diriger un service de chirurgie vasculaire et thoracique et une neurologue être nommée à la tête d’un service de cardiologie?

La cheffe de service désignée pour l’intérim du service de cardiologie reconnaît devant témoins avoir été nommée contre son gré: « j’ai dit non», « on m’a forcée», « mon poste de chef de pôle était en jeu». Les pressions exercées sur les praticiens du service de cardiologie pour les amener à accepter une décision manifestement anormale, la présence du PCME lors de leurs convocations, et l’absence de la cheffe de service par intérim sur le terrain montrent bien qu’il s’agit d’une nomination imposée, non justifiée et profondément problématique.

  1. Une désorganisation majeure du service et un risque pour la qualité des soins
    Plus de deux mois après ces décisions, les conséquences sont graves :
    • départs de praticiens
    • baisse d’activité
    • blocage délibéré du projet de rythmologie et des recrutements de praticiens
    • désorganisation du fonctionnement et perte de cohésion;
    • absence de réponse aux questions médico-légales liées à la nomination d’un non- cardiologue ;
    • absence de cardiologue assumant le leadership du service ;
    • risque de perte d’agréments de formation ;
    • atteinte à l’attractivité ;
    • inquiétudes fortes concernant la qualité et la sécurité des soins.
      La situation n’est plus tenable. Elle fragilise le service, les équipes et in fine les patients.
  2. Les véritables causes : des dysfonctionnements de gouvernance
    Ce conflit met au jour des dérives bien plus profondes:
    • absence de dialogue : après six semaines de grève, aucune réunion n’a eu lieu avec la direction; le PCME a refusé d’aborder en CME les nominations controversées des chefs de service et a évité tout débat lié à la crise actuelle.
    • décisions imposées sans concertation, sans cadrage formalisé, et souvent contraires aux pratiques et règles en vigueur dans les autres CHU ;
    • dysfonctionnements manifestes dans les processus de nomination de certaines chefferies de service, conduisant à des situations inédites et inacceptables.
  3. Un appel à la mobilisation, à la prise de responsabilité et à la reconstruction
    Je tiens à réaffirmer mon soutien total au personnel médical et non médical du service de cardiologie, qui s’est engagé et mobilisé pour défendre :
    • la cohérence et l’avenir du projet de service,
    • la qualité des soins délivrés aux patients,
    • le respect des équipes et de leurs compétences.

Il appartient maintenant à chacun de prendre ses responsabilités et de se manifester :

  • prise de responsabilité de la gouvernance et du conseil de surveillance pour restaurer le dialogue, la transparence et la cohérence des décisions ;
  • prise de responsabilité de la CME pour garantir l’éthique, la légitimité des nominations et la protection des pratiques médicales;
  • prise de responsabilité des encadrants et des équipes pour défendre un fonctionnement professionnel, respectueux et conforme aux valeurs du service public hospitalier.

La mobilisation de chacun et la prise de responsabilité collective doivent permettre :

  • une sortie de crise rapide
  • l’ouverture d’un véritable débat institutionnel,
  • la reconstruction d’un cadre de gouvernance clair et partagé,
  • le rétablissement d’un CHU exemplaire, fondé sur la confiance, la coopération et le respect mutuel.

Notre CHU se doit d’avoir une gouvernance exemplaire, alignée sur les standards des centres hospitaliers universitaires, au service des patients, des équipes et de sa mission.

Pr Laurent LARIFLA
Service de cardiologie, CHU de Guadeloupe

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