Mesdames, Messieurs les Vice-présidents,
Mesdames, Messieurs les Conseillers départementaux,
Mesdames, Messieurs les DGA, Directeurs et agents de la Collectivité,
Messieurs les représentants de la Banque des territoires,
Mesdames, Messieurs les journalistes,
Mesdames, Messieurs,
Chers compatriotes,
Nous nous retrouvons dans cet hémicycle quelques jours à peine après ce temps fort de la démocratie que constituent les élections municipales, pour marquer, ensemble, la pleine reprise des travaux de notre assemblée au service du pays.
Et c’est tout le sens de notre réunion de ce matin : examiner le projet de Budget Primitif 2026, qui est la traduction concrète et volontariste des orientations budgétaires que nous avons définies en février dernier au service de la Guadeloupe.
Mais avant d’entrer dans le cœur de nos travaux, je souhaite que nous prenions un moment pour rendre hommage à plusieurs personnalités qui sont monté an filao récemment et dont l’héritage éclaire notre action politique.
José TORIBIO, ancien conseiller général, dont la voix de ténor et la fulgurance intellectuelle ont durablement marqué cet hémicycle. Il a porté des convictions, défendu des idées, servi la Guadeloupe avec engagement. C’était une figure appréciée et respectée de beaucoup. Un homme de vision pour le pays.
Marcelle CHAMMOUGON, ancienne maire de la ville de Baie-Mahault et conseillère générale, a occupé une place particulière dans la vie publique guadeloupéenne, à une époque où les responsabilités politiques exercées par des femmes étaient encore rares. Elle laisse derrière elle l’héritage d’un engagement sans faille pour sa ville et pour la Guadeloupe.
Suzie ZOZIO, biochimiste, ancrée dans l’amour du Peyi et de la défense de la santé des Guadeloupéens, qui avait consacré ses travaux à la valorisation de notre pharmacopée et de nos ressources locales pour une alimentation saine.
Elle s’était également distinguée par ses prises de parole sur les enjeux de santé environnementale aux Antilles, contribuant à éclairer les débats publics autour des conséquences sanitaires de la pollution au chlordécone, sujet majeur pour la Guadeloupe.
Gérard BERRY, indéfectible amoureux de la Guadeloupe et de son patrimoine naturel et forestier, un spécialiste mondialement reconnu de la haute montagne tropicale. Il laisse derrière lui le souvenir d’un homme dévoué et profondément animé par sa volonté de valoriser les territoires de notre archipel et de notre patrimoine naturel.
Nicomède GERVAIS, journaliste émérite de France-Antilles et figure de la presse locale qui a su briller par son professionnalisme, son immense rigueur et sa grande humanité, tout au long de sa carrière.
Étienne CRANE avait fait du café bien plus qu’une culture mais une authentique histoire à transmettre. Spécialiste de l’irrigation, de l’agroforesterie et fin connaisseur du jaden kréyol, il restera dans nos mémoires comme un homme dont l’œuvre passionnée continue de faire éclore le goût d’une Guadeloupe authentique.
Alain THEOBALD, papa Théo, entraineur mythique, a profondément marqué l’histoire du cyclisme guadeloupéen. Il aura marqué des générations de jeunes par son engagement, sa passion et sa détermination à faire progresser la Guadeloupe.
Je voudrais aussi avoir une pensée pour Lionel JOSPIN, ancien premier Ministre, qui aura eu une attention particulière pour les territoires dits d’Outre-Mer, notamment à travers la loi d’orientation de 2000, la LOOM, qui a créé le Congrès des élus grâce auquel nous pouvons débattre devant les Guadeloupéens sur les enjeux majeurs de notre territoire.
Chacune à leur manière, toutes ces personnalités ont eu un impact important sur notre archipel.
Je vous propose donc de marquer un temps de recueillement en leur mémoire.
***
Je vous remercie.
Mesdames, Messieurs, chers collègues,
Je vous le disais, la Guadeloupe vient de vivre un moment démocratique fort.
Ce temps démocratique a été celui de l’expression des idées, celui de la confrontation des projets et celui de la vision pour l’avenir des 32 communes de notre archipel.
Nombre d’entre vous se sont engagés dans ces élections municipales avec conviction, courage et sens des responsabilités. Je veux ici vous féliciter.
Vous avez été, chacune et chacun, des représentants dignes de notre institution dans ce débat qui passionne profondément les Guadeloupéens.
Car contrairement à certaines idées reçues, cette mobilisation électorale n’est pas un simple rituel démocratique…
Elle est le signe d’un peuple qui s’intéresse, d’un peuple qui s’exprime, mais surtout d’un peuple qui attend des résultats concrets.
Quelle que soit la commune de notre archipel, je veux donc adresser mes félicitations aux nouveaux maires élus ainsi qu’à ceux qui ont été reconduits dans leurs fonctions.
Toutes et tous, sans exception, sont désormais à l’œuvre pour répondre aux attentes de leurs administrés.
À celles et ceux d’entre nous qui n’ont pas obtenu le résultat espéré, je veux dire ceci :
La défaite est une épreuve, parfois rude mais elle est aussi une école de lucidité, une invitation à se réinventer, à reconstruire, et surtout à rebondir.
Le taux de participation à ces élections municipales est en hausse.
C’est un signal fort. Un signal qui nous oblige.
C’est une injonction démocratique à faire plus, à faire mieux, et surtout à faire plus vite.
Les Guadeloupéens attendent de nous :
des décisions rapides,
des résultats concrets,
des transformations visibles.
Le temps de la campagne et des élections est donc passé ! Place au temps de l’action au service de tous les guadeloupéens sans exception.
Et avec vous tous, il nous appartient d’être à la hauteur de cette demande.
C’est exactement l’esprit dans lequel nous abordons la question majeure de l’avenir institutionnel et statutaire de notre archipel.
Alors que nous commémorons les 80 ans de la départementalisation qui a pu être une réponse, à une certaine époque, aux difficultés de la Guadeloupe, indiscutablement une nouvelle étape doit s’ouvrir…
Oui, une nouvelle étape doit s’ouvrir pour proposer de nouvelles perspectives à nos jeunes, à nos entreprises, à nos forces vives.
A ce titre, les travaux que nous avons engagés depuis le début d’année, tant au sein de la commission ad hoc que dans le cadre des échanges avec le ministère des Outre-mer, nous permettent de poursuivre notre trajectoire avec méthode, sérieux et responsabilité.
La concertation se poursuit également dans de très bonnes conditions de dialogue et de respect avec les acteurs économiques qui sont tous conscient que le statuquo n’est plus possible.
Nous avançons donc en conformité avec le calendrier arrêté avec la ministre des Outre-mer.
Notre stratégie est claire : donner à la Guadeloupe :
Plus de responsabilités,
Plus de capacités d’action,
et surtout, plus de leviers pour agir, notamment à travers un véritable pouvoir normatif.
Mais au moment où certains commencent à agiter les vieux démons de la peur, je veux le redire ici avec force :
Les élus guadeloupéens se sont exprimés dans leur immense majorité lors de trois congrès depuis 2022.
Et la trajectoire voulue par les élus guadeloupéens est le fruit d’une longue préparation à laquelle la société civile, les acteurs économiques et nos universitaires ont été étroitement associés.
L’évolution qui est souhaitée par les élus guadeloupéens n’a aucunement vocation à plonger le pays dans le chaos financier ou dans la perte des acquis sociaux !!
Et par-dessus tout, cette évolution ne se fera, ni sans les Guadeloupéens, ni à leur place… Mais avec eux, par eux et pour eux.
Oui mes chers collègues, le sens de notre engagement sur la question institutionnelle, c’est de donner de nouvelles marges de manœuvre à tous les territoires de notre archipel dans les prochaines années si les guadeloupéens valident cette orientation.
Et le sens de notre engagement au service de notre archipel, c’est aussi d’améliorer le cadre et les conditions de vie des Guadeloupéens, ici et maintenant.
Au travers de l’exercice des compétences du département, pour que chaque jour davantage, nous soyons la collectivité de toutes les solidarités.
Mais aussi au-delà de nos compétences en accompagnant toutes les communes de l’archipel sans exception au travers des contrats de Péyi.
Au-delà des compétences départementales, comme nous le faisons dans le dossier de l’eau, qui est sans nul doute la préoccupation première des guadeloupéens en matière de service public.
Je souhaite à cet égard saluer la présence ce matin avec nous, des directeurs de la Banque des Territoires, Messieurs Rolland et Guillien.
Messieurs, votre présence est le signe d’un engagement concret.
Car aujourd’hui, nous franchissons une étape décisive.
J’ai en effet souhaité la présence des représentants locaux de la Banque des territoires afin qu’ils vous présentent les principaux axes du partenariat structurant qui permettra au Département de renforcer de manière déterminante sa contribution -déjà importante- à la résolution de la crise de l’eau.
Ce partenariat vise à mobiliser une enveloppe d’emprunt d’environ 150 millions d’euros sur 60 ans, destinée à accélérer de façon radicale nos investissements dans le domaine de l’eau.
C’est un effort considérable.
C’est un choix courageux.
C’est une responsabilité que j’assume pleinement.
Parce qu’en 2026, en Guadeloupe, nous ne pouvons plus tolérer que nos familles et nos entreprises vivent encore au rythme des tours d’eau.
Parce que cette situation porte atteinte à la dignité même de notre population.
Parce que notre mandat doit être celui du retour à cette dignité.
Et je vous le dis avec gravité et détermination : nous irons, tous ensemble, jusqu’au bout.Me
ssieurs ROLLAND et GUILLIEN effectueront donc une présentation détaillée de ce projet d’emprunt dans quelques instants.
Mesdames, messieurs, Mes chers collègues,
Je vous propose maintenant d’aborder le projet de Budget Primitif pour 2026.
Il a été bâti dans un contexte national difficile, que j’avais longuement abordé à l’occasion de nos orientations budgétaires.
La situation n’a pas évolué favorablement, puisqu’aujourd’hui, près de 60 départements sur les 101 sont en difficulté financière dont 15 en très grande difficulté.
Mais face à cette réalité, grâce à vos travaux, nous proposons à nos compatriotes un choix très clair.
Non pas un budget d’attente.
Non pas un budget de gestion.
Mais un budget de transformation.
Un budget qui projette la Guadeloupe vers l’avenir.
Avec 888 millions d’euros, dont 165 millions d’investissements, nous faisons le choix de l’action.
Pas demain. Maintenant.
Nous assumons pleinement notre rôle de collectivité de toutes les solidarités.
Parce que la réalité sociale est là :
Précarité structurelle,
Chômage élevé,
Fragilité des familles,
Vieillissement de la population…
Nous mobilisons près de 500 millions d’euros pour l’action sociale et l’insertion.
Mais au-delà des chiffres, il y a une conviction profonde :
La solidarité n’est pas une charge.
C’est un devoir.
Une main tendue aux Guadeloupéens les plus vulnérables que nous sommes résolus à ne pas laisser sur le bas-côté.
C’est l’essence même de nos missions au Conseil départemental. Le fondement de notre engagement politique.
Ce budget porte aussi une vision.
Une vision qui se traduit par un programme d’investissement ambitieux.
Nous investissons pour rattraper les retards, moderniser nos infrastructures et préparer l’avenir.
Nous continuerons à investir dans :
- nos collèges,
- nos routes,
- nos équipements publics,
- nos ports,
- nos aéroports.
Mais au-delà des infrastructures, ce budget affirme une orientation stratégique majeure : le renforcement de nos souverainetés.
Les tensions internationales, notamment la situation au Moyen-Orient, nous rappellent brutalement notre dépendance :
- dépendance énergétique,
- dépendance alimentaire,
- dépendance économique.
Et leurs conséquences sont immédiates :
- hausse des prix,
- pression sur le pouvoir d’achat,
- et donc encore plus de difficultés pour nos compatriotes
Face à cela, nous devons accélérer.
Accélérer notre souveraineté alimentaire,
accélérer notre transition énergétique,
accélérer notre capacité à produire, à transformer, et au fond, à décider…
Ce budget contient des actions concrètes en ce sens :
- soutien renforcé aux filières agricoles,
- investissements dans le développement durable,
- accompagnement des transitions.
Ce n’est pas un slogan.
C’est une stratégie de survie et de prospérité.
Oui, chers collègues, nous construisons une Guadeloupe plus structurée, plus équilibrée, plus juste.
Mais au-delà de cette ambition immédiate, je veux que nous regardions plus loin.
À 10 ans.
À l’horizon d’une génération.
Dans dix ans, quelle Guadeloupe voulons-nous laisser à nos enfants ?
Une Guadeloupe qui subit, ou une Guadeloupe qui décide ?
Une Guadeloupe dépendante ou souveraine au plan alimentaire ?
Je vous propose de faire le choix d’une Guadeloupe qui se tient debout.
Une Guadeloupe qui maîtrise ses ressources, son énergie, son alimentation.
Une Guadeloupe qui transforme ses contraintes en forces, ses vulnérabilités en opportunités.
Je veux que nous ayons bâti une économie plus résiliente, une société plus solidaire, un territoire plus autonome dans ses choix.
Mais cela ne se décrète pas.
Cela se construit, pas à pas, décision après décision, investissement après investissement.
Et c’est précisément le sens de ce budget.
Car derrière chaque euro engagé, il y a une direction.
Derrière chaque politique publique, il y a une vision.
Derrière chaque choix, il y a une responsabilité vis-à-vis des générations futures.
Nous devons préparer l’avenir. Inlassablement.
Et cet avenir, il ne se subira pas.
Nous le bâtirons ensemble.
Avec exigence.
Avec courage.
Avec ambition.
Pour la Guadeloupe. Parce que notre cœur est grand pour le péyi…
Je vous remercie pour votre écoute.



