« La question de l’eau potable – Enjeux, perspectives et solutions concrètes »
Monsieur le Président du Congrès,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Conseillers Régionaux,
Mesdames et Messieurs les Conseillers Départementaux,
Mesdames et Messieurs les Maires,
Monsieur le Président du CESER,
Monsieur le Président du CCEE,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs,
La Région Guadeloupe s’est engagée depuis tantôt à se recentrer sur ses compétences pour continuer de développer notre Archipel tout en maîtrisant notre dépense publique, en élus responsables, et cela sans compromettre notre avenir.
Je veux porter la parole de la région Guadeloupe en vous présentant dès à présent le salut de Monsieur le Président du Conseil Régional, Ary CHALUS, dont tout le monde connait aujourd’hui l’agenda. Il m’a chargé de vous souhaiter des travaux fertiles en propositions et riches en résolutions pour mieux accompagner le SMGEAG à remplir plus efficacement ses missions. Au nom de l’ensemble des élus du Conseil régional de Guadeloupe, je salue l’élection de Monsieur Henri YACOU à la présidence du SMGEAG. Il endosse une responsabilité majeure : Celle d’empêcher que l’eau ne mette le feu à la Guadeloupe ! La crise de l’eau exige des solutions concrètes, répondant rapidement à une exigence d’efficacité. Et la Région Guadeloupe appelle de ses vœux, une nouvelle ère de transparence, d’actions constructives et efficaces, digne d’un service public à l’avantage de tous les Guadeloupéens.
Au-delà de nos divergences, nous avons un destin partagé : Sortir les usagers de l’enfer de l’Eau !
Et si nous n’y prenons garde, « Nou tout ké pri » !
La crise de l’eau n’est plus seulement une affaire de tuyaux percés ou de dettes accumulées. Elle est devenue une question de dignité, de respect dû à chaque Guadeloupéen et à chaque Guadeloupéenne, une question de responsabilité collective qui transcende les clivages et les calendriers électoraux.
Et la Région entend porter dans ce débat une parole claire, exigeante et constructive. Nous voulons sortir de cette crise dans un calendrier qui nous engage tous.
L’eau est un capital commun, un droit fondamental que la République doit garantir à tous ses citoyens sur l’ensemble du territoire. Imagine-t-on un seul instant que le calvaire du Guadeloupéen puisse être celui du corrézien ou encore du parisien, du marseillais ?
L’histoire de l’eau en Guadeloupe a une mémoire. Une mémoire des délégataires qui ont promis monts et merveilles avant de partir en laissant des réseaux en ruine. Une mémoire du naufrage du SIAEAG. Aujourd’hui, le SMGEAG, créé par la loi du 29 avril 2021, traverse une crise structurelle majeure. Nous ne voulions pas de ce syndicat unique dans les conditions qui ont été fixées. Ce n’était pas notre choix. On ne nous a pas écouté. On nous l’a imposé et nous ne sommes pas étonnés des conclusions du rapport accablant de la Chambre régionale des comptes du 1er avril 2025. C’était prévisible !
Mais, nous ne sommes pas là pour nous dresser en tribunal d’inquisition et dresser des buchers.
Nous sommes rassemblés pour trouver des solutions crédibles de sorties de crise.
Et chacun doit assumer sa part de responsabilité. Au vu de ce passé commun que les élus partagent avec les services préfectoraux de l’époque, l’État doit lui aussi se montrer plus humble. Nous devons tous nous montrer à la hauteur des attentes des Guadeloupéens. En matière d’exemplarité que l’on nous ressasse en tant que responsables politiques, n’oublions pas chers collègues que l’État n’a rendu applicable la Charte sociale européenne, à nos territoires que depuis le 1er mai dernier seulement, alors qu’elle s’applique pleinement sur le territoire hexagonal depuis 1973, en reconnaissant des droits fondamentaux en matière d’environnement sain et d’accès effectif à l’eau potable depuis 1999. Dans ce dossier de l’eau, personne ne peut par conséquent s’ériger en donneur de leçon !
Cette Charte n’est pas une déclaration de principe : elle est un levier contraignant. Nous l’utiliserons avec détermination pour obtenir de l’État des accompagnements directs et une mobilisation massive des dépenses fiscales fléchées vers la rénovation de nos infrastructures.
Je salue l’ensemble des collectifs et associations d’usagers de l’eau de la Guadeloupe qui n’est pas resté passif. Vous participez à un débat démocratique exemplaire, parfois rude, mais toujours citoyen. Cette crise a réveillé une conscience collective. Et je souhaite vous inviter à mobiliser cette charte plus encore. Les Guadeloupéens ne veulent plus subir : Ils veulent construire !
Ainsi l’accompagnement du SMGEAG doit être collectif et la Région Guadeloupe prend toute sa part.
1 – KA NOU JA FÈ
La Région n’a la compétence ni sur la gestion de l’eau et ni à propos de l’assainissement. Ce sont les communes et les EPCI qui l’exercent, dans le cadre du SMGEAG. Pourtant, depuis 2018, la Région a investi massivement plus de 226 millions d’euros cumulés – maîtrise d’ouvrage, subventions sur fonds propres et mobilisation de fonds européens dont elle est autorité de gestion. Nous avons été, et nous restons, le principal contributeur au plan pluriannuel d’investissement accéléré.
Dans le cadre de nos compétences, nous avons agi en mobilisant plus de 4 millions d’€ pour doter tous les lycées de Guadeloupe (24 établissements publics + le CREPS ainsi que les 7 lycées privés) en citernes tampon. Et dans le cadre de notre action conjuguée lors de la période de mobilisation contre la COVID, 21 communes ont été accompagnés et plus de 185 établissements scolaires de l’Archipel (soit 25 000 élèves) ont été dotés de citernes de stockage d’eau potable. Aucun établissement scolaire ne devrait en Guadeloupe clore ses portes pour des sujets d’alimentation en eau potable !
À la Conférence Territoriale de l’Action Publique (CTAP) du 14 novembre 2025 que le Président CHALUS a réuni, nous avons partagé un diagnostic lucide et pris des décisions structurantes :
- Sur l’assainissement financier et la sécurisation de la trésorerie (avec un tour de table bancaire et mécanisme de garantie conjointe à l’étude avec le Département et l’État) ;
- Sur le Plan d’urgence « Lutte contre les déperditions d’eau », doté de 20,3 millions d’euros sur six mois : par une multiplication par quatre des réparations de fuites, une installation de vannes de régulation de pression, et le déploiement de 300 sites de télésurveillance ;
- Sur une expérimentation renforcée dans deux communes pilotes : Trois-Rivières et Capesterre-Belle-Eau.
Ces mesures curatives sont déjà en cours de déploiement. Elles visent à réduire rapidement les tours d’eau et à restaurer la confiance. La route est longue, car la confiance est singulièrement dégradée.
2 – KA NOU KA FÈ
Vous le constatez, nous sommes en actions car nous poursuivons notre engagement prospectif par une avance de 720 000 euros versée dès le début 2026 ainsi qu’une subvention de 2,4 millions d’euros votée en décembre 2025 pour la régulation des pressions. Beaucoup reste à faire mais sans la réalisation de travaux diligentés par la Région, les perturbations de la distribution d’eau potable auraient manifestement été nettement plus importantes. Je veux convoquer les exemples d’opérations structurantes réalisées sur la commune de Capesterre-Belle-Eau qui ont permis le renouvellement de 15 km de réseaux d’eau potable, la création de réseaux de transfert, ainsi que la construction d’un réservoir en béton de 250 m³, de deux réservoirs métalliques de 800 m³ et 900 m³ et de plusieurs stations de pompage. En réorganisant le fonctionnement du réseau, ces aménagements ont contribué de manière significative à la sécurisation et à l’amélioration de la distribution d’eau potable.

Par ailleurs, trois autres opérations ont permis le renouvellement de 6,7 km de réseaux de distribution sur la commune de Rivières.
Et c’est sans compter les travaux que la Région a effectués sur la Barrage de Moreau pour un investissement de plus de 39 millions d’€ en fonds propres combinés à des financements européens. Nous agissons et nous continuerons d’agir plus fortement encore par maîtrise d’ouvrage déléguée. Nous encourageons d’ailleurs à déployer la voie de la maitrise d’ouvrage auprès également des EPCI, voire des SEM, dès lors qu’il s’agit d’accompagner le SMGEAG.
3 – KA NOU KÉ FÈ
Nous ne nous contenterons pas de dresser un état des lieux en assommant les uns et les autres à coups de millions d’€. Nous entendons proposer des solutions structurelles qui engagent.
Notre 1ère proposition, comme le Président CHALUS l’a demandé dès le mois de novembre 2025, correspond au transfert solidaire d’agents du SMGEAG vers les communes, les communautés d’agglomération, le Département et la Région dans une perspective d’alléger la masse salariale du syndicat. La Chambre régionale des comptes est sans équivoque : avec une masse salariale de 33 millions d’euros, le syndicat supporte une charge manifestement excessive. Le déséquilibre chronique entre 5 millions d’euros d’encaissements mensuels et un point à 7 millions, le besoin structurel de trésorerie de 2 millions par mois, le sureffectif dans les directions support alors que les directions techniques sont en sous-effectif, le risque imminent de cessation de paiement, sont autant d’alertes dont il convient de prendre en compte. Sans réduction significative et structurelle de la masse salariale du Syndicat, aucun redressement durable n’est envisageable. Il ne s’agit pas de mettre en cause la compétence des agents. Il s’agit de calibrer les effectifs au regard de la capacité financière du syndicat. Ce transfert dont les modalités restent à définir, nous semble indispensable.
Notre 2ème proposition correspond à une mise en place d’un régime dérogatoire pour conforter le service public de l’eau et de l’assainissement en Guadeloupe. Consolider les infrastructures dans des délais raisonnable est une démarche essentielle et l’État doit prendre toute sa place pour nous permettre de déroger au droit commun par exemple des marchés publics en vue d’accélérer les travaux indispensables et nécessaires.
Notre 3ème proposition correspond à la création d’un dispositif fiscal incitatif – crédit d’impôt ou réduction d’impôt sur le revenu et sur les sociétés – pour diriger les investissements privés vers les infrastructures d’adduction d’eau potable. Le Président de la Région Guadeloupe a saisi officiellement le CESER en vue d’une expertise livrable à la mi-septembre 2026 sur ce dispositif de défiscalisation des infrastructures d’Adduction Eau en Guadeloupe.
Ces deux propositions, étroitement associées, sont de nature à améliorer la situation du syndicat tout en accélérant les investissements. Nous y ajouterons une clause de revoyure à courte période, avec une évaluation indépendante et suivi d’indicateurs précis, en priorisant des opérations à fort impact.
Dans le cadre de nos compétences, il est indispensable de penser d’ores et déjà à l’avenir de nos jeunes, en mettant à la disposition de leurs ambitions professionnelles, une véritable filière régionale de formation aux métiers de l’eau, leur permettant d’acquérir des compétences répondant aux besoins des employeurs privés et publics, renforçant ainsi les premiers maillons des offres de formations existantes. Et c’est là notre 4ème proposition concrète.
Notre 5ème proposition vise à demander fortement un contrôle parlementaire rigoureux de l’application de la loi n° 2021-513 du 29 avril 2021 qui a créé le SMGEAG. Cette loi, imposée sans dotations nouvelles et dans un cadre de solidarité financière qui pèse lourdement sur les collectivités, a produit l’effet inverse de celui recherché : un système d’une complexité inédite générant opacité, dilution des responsabilités et effondrement financier. Le Parlement doit diligenter sans délai une mission d’évaluation de son application depuis 2021. À l’issue de ce contrôle, des ajustements législatifs courageux, adaptés à nos réalités ultramarines, devront être apportés. Nos parlementaires peuvent utilement en être les premiers porteurs.
Le Préfet de Région peut, lui aussi, accompagner ces propositions dans les ministères.
Nous cheminerons ensemble, dans le respect des compétences de chacun.
Nous sommes présents à ce XXème Congrès dans un esprit d’unité, au-delà des partis politiques, pour bâtir une politique publique de l’eau digne de la Guadeloupe et de ses habitants, dans la transparence, dans l’équité, en toute sécurité sanitaire, et dans l’efficacité.
Mesdames et Messieurs,
L’eau est vitale. En Guadeloupe, cette vie a été trop longtemps maltraitée, méprisée, gaspillée.
Aujourd’hui, nous avons le choix :
- Soit nous continuons à gérer la pénurie et la colère, et nous nous dirigeons vers un climat de tensions que nous ne maîtriserons pas ;
- Soit nous décidons, ensemble, de construire un service public de l’eau à la hauteur de notre dignité.
La Région Guadeloupe a choisi. Elle a choisi l’action. Elle a choisi la responsabilité. Elle a choisi l’espérance.
Que ce Congrès soit le point de départ d’une nouvelle relation de transparence avec le SMGEAG. Une ère où chaque Guadeloupéen pourra ouvrir son robinet et y trouver de l’eau – propre, en qualité, en quantité et de manière continue. Une eau à un prix abordable et respectueux de sa dignité.
C’est notre devoir. C’est notre honneur. C’est notre combat commun.
Je veux rendre hommage aux Guadeloupéens pour leur force de résilience. Je salue les mères de familles qui, chaque jour, affrontent ces turpitudes dues à la carence d’eau et aux tours d’eau. J’ai une pensée de compassion pour les familles qui vivent ces difficultés. J’ai une pensée pour cette Guadeloupe qui souffre.
Nous leur devons de réussir le pari de restaurer ce service public dans les meilleurs délais.
Je vous remercie.



