Le titre du livre de Jocelyn Sapotille pose une question qui dérange : Notre pays, quel destin ? Et son sous-titre va droit au cœur du débat : Produire ou subir : au-delà du statut.
Voilà une interrogation que la Guadeloupe ne peut plus esquiver. Depuis des années, nous parlons d’autonomie, de changement institutionnel, de développement économique et de souveraineté. Les mots ne manquent pas. Les colloques non plus. Mais que produisons-nous concrètement ? Que décidons-nous de construire ici, avec nos compétences, nos terres, notre jeunesse et nos idées ?
Il serait trop facile de répondre que tout dépend d’un changement de statut. La question institutionnelle est légitime et mérite un véritable débat démocratique. Mais croire qu’un nouveau cadre réglera, à lui seul, nos difficultés serait une illusion. Un statut peut donner des moyens d’agir. Encore faut-il savoir ce que nous voulons en faire et accepter la responsabilité qui va avec.
C’est peut-être là que commence le débat le plus inconfortable.
Nous réclamons davantage de pouvoir de décision. Très bien. Mais sommes-nous prêts à faire des choix clairs, à fixer des priorités, à rendre des comptes sur les résultats ? Sommes-nous prêts à soutenir durablement ceux qui produisent, au lieu de les applaudir dans les discours et de les laisser seuls face aux obstacles dès qu’ils passent à l’action ?
Sur la couverture de son livre, Jocelyn Sapotille évoque l’économie, l’éducation, l’énergie, l’agriculture, l’innovation, la culture, la jeunesse et la gouvernance. Ce sont les leviers d’un même projet. Car produire, ce n’est pas seulement fabriquer ou cultiver. C’est former des jeunes capables de trouver leur place ici. C’est permettre à une entreprise locale de grandir. C’est transformer une idée en activité, un savoir-faire en emploi, une richesse en bénéfice partagé.
Et subir ? C’est regarder partir des talents que nous avons formés. C’est déplorer nos dépendances sans organiser patiemment les moyens de les réduire. C’est annoncer des ambitions immenses, puis se contenter de petits arrangements et de résultats que personne n’ose évaluer.
Je ne dis pas que la Guadeloupe doit tout faire seule. Aucun territoire ne le peut. Mais nous devons cesser de confondre les contraintes qui nous sont imposées avec celles que nous entretenons nous-mêmes par manque de continuité, de courage ou de vision.
Le livre de Jocelyn Sapotille a le mérite de nous placer devant cette exigence : quel pays voulons-nous bâtir, et qu’allons-nous faire, chacun à notre niveau, pour y parvenir ? Cette question s’adresse aux élus, bien sûr. Elle s’adresse aussi aux acteurs économiques, aux institutions, aux médias et aux citoyens. Nous pouvons débattre de la voie à suivre. Nous pouvons même être profondément en désaccord. Mais nous ne pouvons plus nous satisfaire de promesses sans calendrier, de projets sans résultats et de responsabilités toujours rejetées sur les autres.
Pour moi, le destin de la Guadeloupe ne se jouera pas dans la beauté d’un discours. Il se jouera dans notre capacité à produire, à transmettre, à décider et à tenir nos engagements.
Notre pays mérite mieux que l’attente. Il mérite un cap. Et surtout, il mérite des actes.
DANE MARTIAS
Directeur éditorial
LePIGETV



