Patrick Vial-Collet condamne les barrages. Le message est clair. Mais une fois le communiqué publié, les micros éteints et les routes dégagées, quelle réponse apporte-t-on à ceux qui disent ne plus pouvoir continuer ainsi ?
C’est là que commence le véritable débat.
Le président de la Chambre de commerce est dans son rôle lorsqu’il défend la circulation des personnes, l’accès aux entreprises et le travail des salariés. Un commerçant empêché d’ouvrir subit un préjudice. Un artisan immobilisé perd une journée précieuse. Un salarié bloqué sur la route n’a pas à payer le prix d’un conflit qu’il ne maîtrise pas.
Ces réalités méritent d’être entendues. Mais elles ne suffisent pas à épuiser la question.
Une route dégagée ne règle pas une facture impayée. Une entreprise accessible peut rester une entreprise en difficulté. Et le retour à la circulation ne signifie pas le retour à une économie qui fonctionne.
Voilà pourquoi la posture de Patrick Vial-Collet appelle une exigence supplémentaire : celle des résultats.
Condamner les méthodes du collectif Nou Las Palé est une position. Expliquer comment répondre aux revendications en est une autre. Et lorsqu’on exerce des responsabilités dans la représentation économique, il faut pouvoir tenir les deux.
Car enfin, que propose-t-on concrètement aux entrepreneurs qui attendent ? Quel interlocuteur s’engage ? Sur quoi ? Pour quelle échéance ? Avec quel contrôle ?
Le mot « dialogue » ne peut pas servir de réponse universelle à toutes les urgences. Il doit déboucher sur des décisions, des actes et des engagements vérifiables. Sinon, il finit par devenir un mot confortable pour ceux qui disposent encore du temps que d’autres n’ont plus.
Une trésorerie ne se renfloue pas avec un compte rendu de réunion.
Patrick Vial-Collet peut parfaitement considérer que les barrages aggravent les difficultés. Cet argument mérite d’être discuté. Mais il lui appartient alors de rendre crédible la voie qu’il préconise.
À ceux qui demandent de renoncer au rapport de force, on peut légitimement demander : quelle efficacité garantissez-vous aux autres moyens d’action ?
Il ne s’agit pas d’exiger un miracle du président de la CCI. Il ne décide pas à lui seul des paiements publics, de la fiscalité ou de l’ouverture des chantiers. Mais il représente, il interpelle, il négocie. Cette fonction impose de rendre compte : voici ce que nous avons demandé, voici ce que nous avons obtenu, voici ce qui bloque encore et voici qui doit agir.
La transparence commence aussi là.
Et la fermeté doit pouvoir s’exercer dans toutes les directions. Contre les blocages qui pénalisent l’activité, certes. Mais également face aux engagements non tenus, aux réponses qui tardent et aux procédures qui laissent les entreprises dans l’incertitude.
L’énergie consacrée à dénoncer les barrages doit se retrouver dans l’exigence adressée à ceux qui détiennent les solutions.
Sans cela, comment convaincre les plus impatients que la voie institutionnelle peut encore produire autre chose qu’une prochaine réunion ?
Le désaccord avec José Gaddarkhan sur les méthodes ne répond pas davantage à cette question. Les divergences entre responsables économiques doivent déboucher sur un débat de fond : quelle stratégie permet réellement aux entreprises de travailler, de payer leurs salariés et de préparer l’avenir ?
Les Guadeloupéens peuvent entendre qu’un barrage coûte cher. Ils peuvent aussi demander combien coûte une difficulté laissée sans réponse, mois après mois.
Patrick Vial-Collet a fait connaître sa condamnation. Il faut maintenant que les solutions bénéficient de la même visibilité, de la même précision et de la même détermination.
Monsieur Vial-Collet, vous demandez que les routes soient libérées. Les entreprises attendent de savoir quelle voie vous leur ouvrez.
Car le lendemain d’un barrage ne peut pas avoir pour seul horizon la veille du prochain.
Dane MARTIAS
Directeur de publication du média
LePIGETV



