En Guadeloupe, le changement est devenu le mot préféré de ceux qui refusent précisément de changer.
Tout le monde le réclame. Dans les discours politiques, sur les plateaux de télévision, dans les réunions publiques, sur les réseaux sociaux et jusque dans les conversations familiales. Nous voulons une autre Guadeloupe : plus juste, plus efficace, plus propre, plus sûre et mieux gouvernée.
Mais dès que le changement exige un effort personnel, une remise en question ou l’abandon d’un petit privilège, l’enthousiasme disparaît.
Nous dénonçons les embouteillages, mais chacun veut utiliser sa voiture pour le moindre déplacement. Nous critiquons la saleté, mais certains continuent d’abandonner leurs déchets au bord des routes. Nous réclamons des services publics performants, tout en acceptant parfois le favoritisme, les passe-droits et les recrutements de complaisance.
Nous dénonçons les élus qui s’éternisent au pouvoir, mais nous votons régulièrement pour les mêmes. Nous critiquons le clientélisme, mais nous sollicitons une faveur dès que nous connaissons personnellement un responsable politique. Nous exigeons de la transparence chez les autres, tout en refusant qu’elle s’applique à nos propres pratiques.
Même constat dans le monde économique. Certains chefs d’entreprise réclament davantage d’aides, d’exonérations et de commandes publiques, mais oublient parfois que le changement passe aussi par le paiement des cotisations, le respect des salariés et l’exemplarité.
Quant aux responsables politiques, ils promettent la rupture avec les anciennes méthodes tout en reproduisant les mêmes alliances, les mêmes calculs et les mêmes distributions de postes. Les visages changent quelquefois, mais les habitudes restent solidement installées.
Soyons honnêtes : le problème de la Guadeloupe ne vient pas uniquement de Paris, de l’État ou de nos institutions. Il vient également de nos contradictions collectives. Nous ne pouvons pas exiger une société nouvelle en conservant tous les comportements qui ont contribué à fabriquer l’ancienne.
Le véritable changement ne commence pas dans un programme électoral. Il commence dans notre quotidien, dans notre rapport aux règles, au travail, à l’argent public, à l’environnement et à la responsabilité individuelle.
Il ne suffit pas de réclamer le changement. Il faut accepter ce qu’il coûte : perdre certaines mauvaises habitudes, renoncer aux arrangements et regarder nos propres responsabilités en face.
La Guadeloupe ne changera pas simplement parce qu’un nouveau président, un nouveau maire ou un nouveau directeur sera nommé. Elle changera lorsque chacun comprendra qu’il ne peut pas réclamer des efforts à toute la société en s’en dispensant lui-même.
Nous voulons tous que la Guadeloupe change. Mais la vraie question est beaucoup plus dérangeante : sommes-nous prêts à changer avec elle ?
DANE MARTIAS
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