CTM MARTINIQUE : un milliard d’euros de dette… qui paiera la facture ?

La dette de la Collectivité territoriale de Martinique approche désormais le chiffre vertigineux d’un milliard d’euros. Un symbole qui frappe les esprits, mais qui pose surtout une question essentielle : comment la principale institution de Martinique en est-elle arrivée là ?

Selon les chiffres rendus publics, l’endettement de la CTM aurait augmenté de 28 % entre 2021 et 2024 pour atteindre 977 millions d’euros. En 2025, la barre du milliard aurait même été franchie.

Une dette n’est pas forcément scandaleuse lorsqu’elle sert à construire des routes, rénover des collèges, améliorer les transports ou moderniser les infrastructures. Une collectivité doit investir pour préparer l’avenir. Mais elle entre dans une zone dangereuse lorsqu’elle emprunte de plus en plus alors que sa capacité à rembourser diminue.

C’est précisément là que se trouve le véritable problème.

Les dépenses de la CTM progressent plus rapidement que ses recettes. Les charges sociales restent considérables, l’épargne disponible s’effondre et la trésorerie se réduit. Dans ces conditions, la collectivité risque de devoir emprunter encore davantage simplement pour maintenir ses investissements.

Ce cercle vicieux ne peut pas durer éternellement.

La Martinique connaît également une réalité démographique inquiétante : elle perd des habitants, particulièrement des jeunes et des actifs, tandis que sa population vieillit. Moins d’actifs signifie une économie plus fragile et des recettes qui progressent difficilement. Dans le même temps, le vieillissement et la précarité augmentent les dépenses sociales obligatoires.

Mais les contraintes structurelles ne doivent pas servir d’excuse permanente.

Les Martiniquais sont en droit de savoir à quoi ont servi les emprunts, quels investissements ont réellement amélioré leur quotidien et quels résultats ont été obtenus. Ils doivent également connaître la part de responsabilité des différentes majorités qui se sont succédé à la Région, au Département puis à la CTM.

Car cette dette n’est pas apparue en une nuit. Elle est le résultat d’années de décisions politiques, d’engagements financiers et de choix budgétaires successifs. Chercher un seul responsable serait trop facile. Refuser d’en chercher serait tout aussi irresponsable.

Le débat ne doit donc pas se transformer en règlement de comptes entre majorité et opposition. Il doit porter sur les solutions : quelles dépenses réduire ? Quels projets maintenir ? Comment augmenter les recettes sans alourdir la pression sur la population ? Comment continuer à investir sans hypothéquer l’avenir ?

Il faudra surtout éviter que les Martiniquais deviennent les variables d’ajustement d’une situation qu’ils n’ont pas créée. Réduire brutalement les aides, ralentir les investissements, augmenter les impôts ou laisser les entreprises attendre leurs paiements ne constituerait pas un véritable projet de redressement.

La CTM doit présenter un calendrier précis, des objectifs vérifiables et des résultats publics. Les discours rassurants ne suffisent plus. Face à une dette de cette ampleur, la transparence n’est pas un choix de communication : c’est une obligation démocratique.

Un milliard d’euros de dette ne signifie pas nécessairement la faillite. Mais continuer à emprunter sans retrouver une capacité suffisante de remboursement conduirait la Martinique droit dans le mur.

Et lorsque viendra le moment de payer la facture, ce ne sont probablement pas les responsables politiques d’hier ou d’aujourd’hui qui la régleront.

Ce seront les Martiniquais et les générations futures.

DANE MARTIAS
Directeur Éditorial LePIGETV

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